L'Inde et le Canada : deux exemples de bilinguisme fédéral

Si on parle de la Confédération canadienne pour désigner le Canada, on dira pour l'Inde Bharat Ganarajyá (en hindi), Indian Union (en anglais) ou encore Union indienne (en français). Néanmoins, techniquement, l'Inde est une confédération, le Canada, une fédération. Au point de vue administratif, l'Union indienne est une république fédérale comptant 28 États (des « provinces » au Canada) et sept territoires fédéraux. Ces États fédérés sont les suivants :

l'Andhra Pradesh,
l'Arunachal Pradesh,
l'Assam,
le Bengale occidental
le Bihar
le Chhatisgarh,
le Goa,
le Gujarat,
l'Haryana,
l'Himachal Pradesh,
le Jammu-et-Cachemire,
le Jharakhand,
le Karnataka,
le Kerala,
le Madhya Pradesh,
le Maharashtra,
le Manipur,
le Meghalaya,
le Mizoram,
le Nagaland,
l'Orissa,
le Panjab,
le Rajasthan,
le Sikkim,
le Tamil Nadu,
le Tripura,
l'Uttaranchal,
l'Uttar Pradesh

Les sept territoires de l'Union sont les îles Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Daman-et-Diu, Delhi (district fédéral) les îles Lakshadweep (ou Laccadive) et Pondichéry.

Comme au Canada, chacun des 28 États est autonome et doté de son parlement et de son exécutif, ainsi que sa fonction publique; quant aux territoires de l'Union, ils sont administrés directement par le gouvernement fédéral. Ainsi, malgré son statut de république, l'Inde dispose d'un régime politique apparemment similaire au Canada. De plus, l'Union a deux langues officielles au plan fédéral : l'hindi et l'anglais. Cependant, il existe une différence notable : l'anglais ne constitue pas le même objet linguistique dans les deux pays. Si l'anglais est une langue maternelle au Canada, il demeure une langue seconde en Inde.

Les langues de l'Inde

Avec plus d'un milliard d'habitants (2001), l'Inde représente environ un sixième de l'humanité et se place numériquement au deuxième rang mondial après la Chine. Les groupes ethniques sont très nombreux en Inde, mais on peut, de façon très simplifiée, distinguer les Indo-Aryens (72 %), les Dravidiens (25 %) et les Asiatiques (3 %).

Par comparaison, l'expression « mosaïque canadienne » pour désigner la population du Canada paraît inadéquate par rapport à l'Inde. On y compte plus de 1600 langues, dont près de 400 sont officiellement répertoriées. Seules quelque 40 langues sont parlées par plus d'un million de locuteurs, mais elles rassemblent plus de 850 millions de personnes, soit 85 % de la population du pays. Autrement dit, moins de 10 % des langues sont parlées par la très grande majorité de la population et 90 % des langues de l'Inde ne sont utilisées que par 15 % des locuteurs indiens. L'hindi demeure certainement la langue numériquement la plus importante du pays. Parlé comme langue maternelle par près de 200 millions (soit 20 %) de locuteurs et, comme langue seconde, par 400 millions d'autres (soir 40 %), l'hindi est utilisé, à des degrés divers, par près de 60 % des Indiens. C'est pourquoi l'hindi jouit du statut de langue officielle nationale, statut qu'il partage avec l'anglais, l'ancienne langue coloniale. L'hindi est donc parlé par 20 % des Indiens comme langue maternelle, l'anglais par moins de 2 % (les Anglo-Indiens). Parmi les autres langues parlées par plus de 25 millions de locuteurs, mentionnons le bengali (70,5 M), le télougou (69,6 M), le marathi (68 M), le tamoul (61,5 M), l'ourdou (48 M), le gujarati (45,4 M), le kannada (35,4 M), le malayalam (35,3 M), l'oriya (31,6 M) et le pendjabi (27 M). Cet ensemble regroupe plus de 636 millions de locuteurs, soit 64 % des Indiens. Par comparaison, même l'anglais au Canada, mais encore plus le français, paraît comme une « petite langue » : au recensement de 2001, seulement 17,5 millions de Canadiens parlaient l'anglais comme langue maternelle (59,3 %) et 6,7 millions le français (22,7 %).

Étant donné le grand nombre des langues parlées dans le pays, on comprendra aisément que toutes ces langues n'ont pas le même statut. Une stricte hiérarchie a été instituée : on distingue principalement les langues officielles de l'Union, les langues constitutionnelles et les langues officielles des États et territoires. À cela s'ajoutent les « langues importantes » (parlées par plus de 10 000 locuteurs) et les « langues tribales » (moins de 10 000 locuteurs).

La plupart des langues de l'Inde appartiennent à deux grandes familles linguistiques : les langues indo-iraniennes et les langues dravidiennes. Toutes ces langues s'écrivent avec une douzaine d'alphabets différents : l'alphabet devanagari (signifiant « dieu de la ville » : l'écriture du sanskrit), l'alphabet bengali, l'alphabet arabo-persan, l'alphabet gurmukhi, l'alphabet gujrati, l'alphabet oriya, l'alphabet télougou, l'alphabet kannada, l'alphabet malayalam, l'alphabet tamoul, l'alphabet latin et l'alphabet tibétain.

Pour donner un portrait plus complet, il faudrait tenir compte de la religion des Indiens, un facteur incontournable dans ce pays fort complexe. Parmi la vingtaine de religions, ce sont les hindouistes qui sont les plus nombreux (82 %) devant les musulmans (12 %), dont la plupart résident dans le Nord-Ouest, les chrétiens (3 %, surtout au sud), les bouddhistes (1 %), les sikhs (essentiellement au Punjab), les jaïns (beaucoup au Gujarat), les parsis (à Bombay) et les juifs.

Les langues officielles de l'Union

L'hindi et l'anglais sont les langues officielles de l'Union, c'est-à-dire du gouvernement fédéral indien. Ces deux langues sont, pour ainsi dire, au sommet de la hiérarchie linguistique. Pour l'ensemble de la population indienne, ces langues sont restées des langues étrangères, surtout l'anglais. L'hindi, langue maternelle, n'est parlé que par 20 % des Indiens et il est perçu comme la langue de la caste dirigeante hindoue, alors que l'anglais a l'avantage d'être considéré comme une langue « neutre » permettant de communiquer avec un plus grand nombre de personnes. Bref, les deux langues officielles sont parlées par 22 % de la population comme langue maternelle.

Les langues constitutionnelles

On compte aussi 18 langues dites « constitutionnelles » : l'hindi, le bengali, le télougou, le marathi, le tamoul, l'ourdou, le gujarati, le kannada, le malayalam, l'oriya, le penjabi, l'assamais, le népali, le konkani, le cachemiri, le sindhi, le manipouri et le sanskrit. Cette dernière langue est aux langues indiennes ce qu'est le latin pour le français, l'espagnol, l'italien, etc. Il s'agit d'une ancienne langue religieuse, aujourd'hui disparue, mais parlée par quelque milliers de spécialistes (historiens, linguistes, religieux, etc.) qui l'utilisent comme langue seconde; on lui a conservé son statut symbolique. Les 18 langues constitutionnelles regroupent à elles seules plus de 70 % de la population indienne.

Les langues officielles des États et territoires

Au Canada, les deux langues officielles constituent l'une ou les deux langues officielles de chacune des provinces; seul le territoire du Nunavut a choisi une autre langue officielle, qui n'a pas ce statut au fédéral (l'inuktitut). En Inde, cette pratique est fort courante. Non seulement un État a le droit de choisir une langue officielle qui n'est pas l'hindi ou l'anglais, mais il peut même privilégier une langue officielle qui n'est pas une langue constitutionnelle. Par exemple, le chhattisgarhi est co-officiel avec l'hindi dans l'État de Chhattisgar. Par ailleurs, l'hindi est une langue officielle dans de nombreux États : Bihar, Gujerat, Haryana, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Maharashtra, Rajasthan, Uttar Pradesh et les territoires de Delhi, d'Andaman-et-Nicobar, etc. L'ourdou également : Jammu-et-Cachermire, Uttaranchal, Bihar, Jharkhand et Andhra Pradesh. L'anglais est co-officiel dans les États ou territoires suivants : Kerala, Mysore, Nagaland, Orissa, Goa, Andaman-et-Nicobar, Chandigarh, Dadra-et-Nagar-Haveli, Delhi, îles Laccadive, Manipour, Pondichéry, Daman-et-Diu et Delhi.

Au total, on dénombre plus de 35 langues officielles dans les États. Outre l'hindi, l'ourdou et l'anglais, les autres langues officielles sont l'assamais, le bengali, le bhojpouri, le bhoutia, le garo, le goudjarati, l'haryanvi, le kannada, le kashmiri, le khasi, le konkani, le kuki, le lushai, le malayalam, le manipouri, le marathi, le marwadi, le miau, le mizo, le naga, le nepali, l'oriya, le pahadi, le pendjabi, le rajasthani, le sindhi, le tamoul, le télougou et le tripouri. À ces langues, il faut ajouter le français dans le territoire de Pondichéry où cette langue n'est pas constitutionnelle, mais a néanmoins conservé son statut de langue co-officielle avec le tamoul, l'anglais, le télougou et le malayalam. Quelques-unes des langues co-officielles sont employées dans les parlements locaux, les autres sont reconnues dans les services administratifs locaux et elles sont également enseignées et diffusées dans les médias électroniques ou écrits. En somme, la situation juridique des langues au Canada paraît un jeu d'enfant lorsqu'on la compare à celle de l'Inde. Contrairement au Canada, l'Inde est une fédération linguistique, car la plupart des États ont été créés en fonction des ethnies et des langues.

Le bilinguisme institutionnel de l'Union

La politique linguistique de l'Union indienne dont il est question ici correspond à celle du gouvernement fédéral. Autrement dit, elle concerne d'abord et avant tout l'hindi et l'anglais, bien qu'elle doive également se plier aux contingences des langues en usage dans le pays, que ce soit les langues constitutionnelles, les langues officielles des État et les langues minoritaires, les langues tribales ou non.

Au moment de l'indépendance, l'hindi et l'anglais avaient été promulgués les deux langues officielles de l'Union indienne (gouvernement fédéral), mais cette co-officialité des langues ne devait durer qu'un laps de temps de quinze ans. Après ce délai, l'hindi devait devenir la seule langue officielle de l'Union. Mais il fut impossible d'éliminer l'anglais et d'imposer seulement l'hindi : les États du Sud, tous de langue dravidienne, s'opposèrent en bloc contre l'usage unique de l'hindi trop associé à une ethnie particulière.  En revanche, l'anglais fut considéré comme plus « neutre ». La Loi sur les langues officielles (Official Languages Act) de 1963 instaura de façon statutaire l'hindi et l'anglais comme langues utilisées au Congrès, tandis que les États et les territoires conservèrent le choix de leurs langues officielles.

La législature

Dans la situation actuelle, le Parlement fédéral indien fonctionne dans les deux langues officielles de l'Union : l'hindi et l'anglais. L'hindi et l'anglais sont utilisés lors des débats au Parlement de Delhi, mais aussi au Conseil des ministres, dans l'administration centrale, dans les formulaires et les symboles de l'État (timbres et billets de banque), ainsi que dans l'affichage à l'intérieur des territoires fédéraux. C'est que les représentants des États du Sud, de langue dravidienne, préfèrent toujours utiliser l'anglais en lieu et place de l'hindi.

Cependant, la Loi sur les langues officielles semble privilégier l'usage de l'hindi sur l'anglais. Ainsi, l'article 6 de la loi précise même que, là où la législature d'un État (sauf pour le Jammou-et-Cachemire) prescrit une autre langue que l'hindi dans l'usage des lois adoptées par la législature de cet État (ou dans les ordonnances promulguées par le gouverneur de ce même État), une traduction équivalente en hindi, en plus d'une traduction en anglais, peut être publiée sous l'autorité du gouverneur de l'État dans la Gazette officielle de l'État et, en ce cas, la traduction en hindi d'une telle loi « sera considérée comme le texte faisant foi ».

Les services fédéraux

L'Administration fédérale fonctionne dans les deux langues officielles, mais ce n'est pas sur tout le territoire de l'Union. Dans certains cas ce sont les deux langues, dans d'autres seulement l'hindi et ailleurs seulement l'anglais. Dans les communications entre États, l'anglais est très souvent la seule langue utilisée, surtout s'il s'agit du gouvernement fédéral à l'égard d'un État dont l'hindi n'est pas une langue officielle ou co-officielle.

En réalité, l'usage de l'hindi et de l'anglais dépend des trois « régions administratives ». Par exemple, dans la Région « A » (États de Bihar, Haryana, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh, Rajasthan, Uttar Pradesh et les territoires de Delhi, Andaman et des îles Nicobar), les services en hindi varient autour de 50 % (les machines à écrire étant en alphabet devanagari à 100 %), alors que dans la Région « B » (États de Gujarat, Maharashtra, Punjab et territoire de Chandigarh), ils se situent à environ 35 % et seulement à 20 % dans la Région « C » (les autres États et territoires, les machines à écrire étant en alphabet devanagari à 55 %). Évidemment, quand ce n'est pas l'hindi, c'est l'anglais.

L'administration publique régionale, pour sa part, fonctionne dans la ou les langues officielles de l'État, sauf lorsqu'elle communique avec le gouvernement fédéral (l'hindi ou l'anglais obligatoirement). L'affichage se fait également dans la langue de l'État avec l'alphabet correspondant (il existe une douzaine d'alphabets en Inde). La langue de travail est celle de l'État, mais la connaissance de l'hindi et/ou de l'anglais constitue un atout pour obtenir un poste important; la gestion linguistique devient plus compliquée lorsque deux ou trois langues officielles se disputent la dominance au sein d'un même État.

Il n'en demeure pas moins que les inscriptions gouvernementales sur les édifices fédéraux dans les États accordent toujours la prépondérance à l'anglais dans toute la partie nord du pays; dans les États de langue dravidienne (la partie sud), États traditionnellement réfractaires à l'hindi, seul l'anglais est utilisé.

À l'heure actuelle, sur les 18 langues constitutionnelles reconnues, on peut trouver les 15 langues suivantes sur les billets de banque de l'Union : l'hindi, l'anglais, l'assamais, le bengali, le goujarati, le kannada, le kashmiri, le malayalam, le marathi, l'oriya, l'ourdou, le punjabi, le sanskrit, le tamoul et le télougou.

Les tribunaux fédéraux

Dans les tribunaux fédéraux, l'hindi et l'anglais sont les seules langues admises, mais un service d'interprétariat est disponible pour les individus qui ne connaîtraient pas les deux langues officielles de l'Union. En pratique, l'anglais de l'Inde est la langue la plus employée dans les hautes cours de justice ainsi qu'à la Cour suprême de l'Union.

Dans les autres cours de justice, c'est-à-dire celles des États, on peut employer la ou les langues officielles de l'État concerné, concurremment avec l'anglais. Les jugements sont rédigés en anglais. Dans les cours inférieures, par exemple dans les tribunaux relevant des municipalités, les discussions et les jugements peuvent être en langue locale, mais lorsque la cause est reportée dans les plus hautes cours, le jugement doit être traduit en anglais.

L'éducation

Dans le domaine de l'enseignement, la Constitution (art. 350A) oblige tout État à assurer, au primaire, l'enseignement de la langue maternelle aux enfants appartenant à des groupes minoritaires. Pour ces langues minoritaires, il suffit d'une demande de 10 élèves sur 40 pour que l'État soit obligé de fournir un enseignement dans une langue donnée.  De façon générale, en Inde, il est obligatoire d'enseigner une ou plusieurs langues secondes au premier cycle du secondaire : la deuxième langue régionale et/ou l'hindi; au second cycle, c'est l'anglais qui devient obligatoire. Un tel système, on le devine, s'avère complexe et probablement fort coûteux. Il n'est pas rare de rencontrer des institutions scolaires où les enseignants et les élèves communiquent dans une langue, les cours sont donnés dans une autre, les manuels écrits dans une troisième et les devoirs faits dans une quatrième.

D'une manière ou d'une autre, toutes les langues parlées par au moins un million de locuteurs, c'est-à-dire quelque 40 langues, sont des « langues protégées », de même que pour les 18 langues constitutionnelles et les langues officielles et/ou administratives des États. Dans ce pays d'un milliard de personnes, les langues comptant plus de 10 000 locuteurs sont normalement enseignées dans les écoles primaires. Par ailleurs, les municipalités peuvent elles-mêmes intervenir dans le domaine linguistique et déclarer co-officielle une langue dans un district donné, là où une ethnie minoritaire est en nombre suffisant. Dès lors, des aménagements concernant les services publics, les écoles et les inscriptions officielles doivent être prévus.

Selon une enquête réalisée dans les années quatre-vingt-dix, seulement 1,3 % des écoles primaires (primary schools), 3,4 % des écoles primaires supérieures (upper primary schools), 3,9 % des écoles moyennes (middle schools) et 13,2 % des collèges (high schools) emploieraient l'anglais comme langue d'enseignement.  En tant que langue seconde, l'anglais est enseigné durant six ans dans 51 % des écoles primaires rurales, 55 % des écoles primaires urbaines, 57 % des collèges ruraux et 51 % des collèges urbains. L'anglais est aussi enseigné comme troisième langue dans 5 % des écoles primaires rurales, 21 % des écoles primaires urbaines, 44 % des collèges ruraux et 41 % des collèges urbains. Ces résultats révèlent le désir considérable des Indiens d'apprendre l'anglais en tant que langue véhiculaire privilégiée dans le pays.


On peut affirmer que la politique linguistique indienne est fort complexe au point de reléguer la situation linguistique canadienne à une banalité certaine, car le Canada ne fonctionne qu'avec seulement deux langues officielles considérées sur un pied d'égalité. Ce n'est pas le cas en Inde : la politique linguistique indienne prévoit une hiérarchisation des nombreuses langues, tout en permettant de réduire le pouvoir d'attraction d'une langue à la fois dominante et subordonnée : l'hindi. Les langues régionales du pays semblent bien protégées par le fédéralisme linguistique de l'Union qui rend possible la séparation territoriale des langues. Autrement dit, l'Union privilégie les droits personnels, alors que les États misent sur la territorialité des langues. Ceux-ci conservent toutes les chances de maintenir de plus petites langues qui disposent d'un État et de frontières linguistiques relativement sécurisantes. Bref, l'Inde semble avoir su conserver un équilibre entre une force centripète incarnée par l'hindi et des langues qui s'y opposent au sein des États. C'est pourquoi la politique prônée par l'Union vise à promouvoir l'hindi.

Cependant, l'hindi doit en même temps éviter les susceptibilités régionales et « tolérer » l'anglais qui le concurrence directement. Forcément, cette concurrence a pour effet de nuire à la diffusion de la langue nationale qu'est l'hindi au profit de l'anglais, langue néo-coloniale. Beaucoup de politiciens dénoncent cette situation qu'ils qualifient d'« anormale » dans la mesure où il s'agit d'une langue coloniale qui a conservé des privilèges considérables. Mais la plupart des Indiens ne sont manifestement pas prêts à faire les compromis nécessaires pour supprimer l'anglais, et ainsi favoriser soit l'hindi, langue du Nord, soit les langues dravidiennes du Sud au sein de l'Union fédérale. Il n'est pas facile de faire fonctionner un État aussi complexe que l'Inde. Néanmoins, le modèle indien se révèle une source d'intérêt, ne serait-ce que parce qu'il a su concilier l'usage de deux grandes langues tout en permettant la co-officialité, sur une base régionale, à des langues moins répandues. C'est un modèle qui pourrait inspirer certains pays, dont éventuellement le Canada.

Lectures complémentaires