Les ressources lexicographiques canadiennes

La lexicographie peut être définie comme la technique rédactionnelle des dictionnaires. Le lexicographe, le spécialiste de la confection des dictionnaires, doit en principe recenser et faire l'étude des mots et des expressions d'une langue déterminée, lesquels sont considérés dans leurs formes et leurs significations. Dans la mesure où la lexicographie a pour objectif de fabriquer des dictionnaires, qui doivent normalement correspondre à des ouvrages pratiques destinés à tous les types de publics, elle s'efforcera de faire une synthèse entre des savoirs très divers venus de l'étymologie, de la sémantique historique, de la lexicologie et de la sémantique (étude des significations). Le rôle du lexicographe est de procéder à une description sémantique de l'ensemble d'une nomenclature, c'est-à-dire de la liste de mots servant d'entrées lexicales et qui est suivie d'une définition. Il faut tenir compte des mots monosémiques (à un seul sens), mais aussi des mots polysémiques (à plusieurs sens). Généralement, les mots monosémiques appartiennent à la langue spécialisée, technique ou scientifique, alors que les mots polysémiques sont le propre de la langue courante en usage chez les locuteurs. Dans la confection d'un dictionnaire, on se base sur des corpus d'exemples — authentiques ou proposés par le lexicographe, littéraires ou tirés de la langue courante — qui constituent le point de départ de la description sémantique et attestent de sa pertinence.

Les catégories de dictionnaires

On ne peut pas parler des dictionnaires comme s'il n'en existait qu'un seul type. C'est qu'on distingue plusieurs types de dictionnaires, même en excluant les lexiques spécialisés qui inventorient les mots particulier à un domaine spécifique (médecine, aviation, chimie, astronomie, etc.). En réalité, on distingue au moins quatre catégories de dictionnaires : les dictionnaires encyclopédiques, les dictionnaires de langue, les dictionnaires bilingues et les dictionnaires spécialisés.

Les dictionnaires encyclopédiques

La première caractéristique des dictionnaires appelés « encyclopédiques », c'est qu'ils répertorient non seulement des noms communs, mais aussi des noms propres. Ils comportent des développements à caractère encyclopédique relevant de tous les domaines du savoir, depuis la médecine par exemple, jusqu'à la philosophie, en passant par la botanique et la biologie marine, la linguistique, la littérature ou les mathématiques.

Ces dictionnaires « encyclopédiques » ont tous pour ambition de définir les mots et les notions. En ce sens, ils se rapprochent des encyclopédies proprement dites, mais ils se doivent de tendre vers l'exhaustivité, ce qui est la caractéristique d'un travail dictionnairique puisqu'ils traitent aussi des mots qui n'ont pas à faire l'objet d'un développement encyclopédique et qui sont simplement suivis d'une définition.

Les dictionnaires de langue

Les dictionnaires de langue recensent les noms communs, donnent des indications sur leur origine (notamment des indications étymologiques), ainsi que sur leur niveau de langue; ils inventorient leurs sens ou leurs acceptions en les classant soit dans l'ordre historique de leur apparition soit dans un ordre décroissant de fréquence.

Puisqu'ils décrivent la signification des mots, ces dictionnaires utilisent des connaissances venant de l'étymologie, de la lexicologie historique et de la sémantique. Comme ils rendent compte des sens répertoriés dans les emplois réels d'une langue donnée, ils comportent de nombreux exemples servant à illustrer le fonctionnement des mots dans leur environnement réel.

Les nomenclatures des dictionnaires de langue ne répertorient pas que des mots : on y trouve aussi des expression ou des locutions, parfois des inventaires de préfixes et de suffixes, ainsi que des unités morphologiques dotées d'une signification propre. Ces dictionnaires décrivent davantage la langue que la réalité, même si l'une ne va pas sans l'autre.

Les dictionnaires bilingues

Une autre catégorie d'ouvrages est constituée par les dictionnaires bilingues, qui mettent en rapport non les mots d'une langue et leurs définitions, mais les mots d'une langue et leurs traductions dans un autre système linguistique. Ces ouvrages bilingues (ou trilingues) servent d'outil pour la compréhension et la traduction. En général, outre les indications sémantiques nécessaires à l'inventaire des significations des mots (qui ne sont qu'exceptionnellement monosémiques, c'est-à-dire dotés d'une seule signification), les dictionnaires bilingues donnent parfois des indications phonétiques sur la prononciation, ainsi qu'un ensemble d'informations sur les niveaux de langue. Évidemment, les dictionnaires bilingues peuvent se faire dans toutes sortes de combinaisons de langues possibles, telles que anglais-français, allemand-néerlandais, espagnol-quechua, chinois-japonais, anglais-inuktitut, français-innu, etc.

Il arrive, lorsqu'on traduit d'une langue à l'autre, qu'on doive passer par une langue-relais, c'est-à-dire une troisième langue. Par exemple, s'il n'existe pas de dictionnaire français-quechua ou de dictionnaire anglais-wolof, il faudra passer par un dictionnaire espagnol-quechua pour arriver au français ou français-wolof pour arriver à l'anglais. Le Parlement européen, avec ses douze langues officielles, est parfois obligé de recourir à une telle langue-relais pour traduire, par exemple, du grec au danois; à défaut de traducteur grec-danois, on a recours à un traducteur grec-français ou grec-anglais avant de demander l'aide d'un traducteur français-danois ou anglais-danois. Dès lors, le français ou l'anglais peut servir de langue-relais. Évidemment, il subsistera un écart plus considérable, sans compter les délais de traduction (et les coûts), entre la langue source et la langue cible si l'on doit faire usage d'une langue-relais.

Les dictionnaires spécialisés ou lexiques

On désigne sous le nom de « lexiques » les dictionnaires spécialisés qui répertorient les mots propres à un domaine de spécialité comme la médecine, l'astronomie, la botanique, l'informatique, le marketing, etc. Même s'il s'agit davantage de lexiques, on parlera abusivement de « dictionnaire de la médecine », de « dictionnaire de l'astronomie », de « dictionnaire de la botanique », etc.

Les dictionnaires peuvent également se spécialiser dans des domaines strictement linguistiques, tels que l'étymologie (dictionnaires étymologiques), les synonymes (dictionnaire des synonymes), les usages d'une classe sociale donnée (dictionnaire de l'argot), les rimes (dictionnaires des rimes), etc. Il existe aussi des dictionnaires spécialisés dans l'inventaire des locutions idiomatiques (propres à une langue) comme des dictionnaires de citations, des dictionnaires des archaïsmes, des dictionnaires régionaux (une région de France, de l'Angleterre ou du Canada), etc. On connaît au Canada, par exemple, des dictionnaires du « français québécois » ou du « français acadien », du « Newfoundland English » ou du « Prince Edward Island English ».

Les premiers travaux lexicographiques

Comme on peut aisément le comprendre, les premiers travaux lexicographiques en français ou en anglais ne furent pas faits par des Canadiens, mais par des Français ou des Britanniques, puis par des Américains. Bien qu'il y ait eu des dictionnaires qui aient été publiés dans les siècles précédents, nous allons nous en tenir aux XIXe et XXe siècles.

Pour le français

Ce furent les travaux d'Émile Littré (1801-1881), de Pierre Larousse (1817-1875), puis de Paul Robert (1910-1980), qui ont posé les bases de la description lexicographique française contemporaine. Le Dictionnaire de la langue française de Littré, édité en 1876, parut à l'époque comme une somme inégalée traitant d'un grand nombre de termes techniques et scientifiques en usage à ce moment-là. Puis apparut en même temps Le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse, une somme érudite, à laquelle succéderont au siècle suivant toute une série de dictionnaires encyclopédiques (Le Grand Larousse universel), un dictionnaire de langue remarquable (Le Grand Larousse de la langue française) et une série de petits dictionnaires encyclopédiques à l'usage du grand public (Le Petit Larousse).

Le XXe siècle a vu le développement d'ouvrages de plus en plus nombreux tels que le grand Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (1953-1964) de Paul Robert, en neuf volumes. Par la suite, l'équipe éditoriale et rédactionnelle du Robert élabora d'autres ouvrages comme Le Petit Robert (1967), considéré comme l'un des meilleurs dictionnaires du genre en français, ou Le Dictionnaire universel des noms propres (appelé aussi Le Robert II) en quatre volumes (1974). À partir de 1971, commencèrent les travaux du Trésor de la langue française (TLF), qui fut publié en 1994 en 16 volumes, probablement le dictionnaire le plus remarquable de la langue française; il s'agit là d'une description visant à l'exhaustivité du français, riche de plus de 100 000 mots, 270 000 définitions et plus de 430 000 exemples. Le TLF est informatisé sous le nom de TLFI (disponible sur cédérom).

Pour l'anglais

Commençons d'abord par Noah Webster (1758-1843), lexicographe américain, particulièrement célèbre pour son dictionnaire An American Dictionary of the English Language, puis Joseph Emerson Worcester (1784–1865) avec le Dictionary of the English Language (1860) et Charles Richardson (1775–1865) avec le New Dictionary of the English Language. Les travaux de la Philological Society ont rendu possible la publication de dictionnaires différents tels que le New English Dictionary on Historical Principles, l'Oxford English Dictionary (OED) et le Murray's Dictionary (pour Sir James A. H. Murray, 1837-1915, l'un des rédacteurs). La publication du célèbre Oxford English Dictionary a commencé en 1884 et fut achevée en 1928, soit 70 ans après avoir commencé à rassembler le matériel nécessaire. Les 12 volumes et le supplément de ce lexique monumental décrivent l'histoire d'environ 250 000 mots anglais, rassemblant plus de deux millions de citations pour un total de près de 415 000 mots. Une deuxième édition, publiée en 1989 en 20 volumes, a incorporé le supplément en quatre volumes et contenait plus de 616 000 mots. Deux éditions plus concises furent publiées : le Concise Oxford Dictionary of Current English et le Shorter Oxford English Dictionary. Un projet moins ambitieux mais néanmoins remarquable est le Dictionary of American English on Historical Principles en quatre volumes, édité par Sir William Alexandre Craigie, et achevé en 1943.

Mais aucun de ces ouvrages n'était d'origine canadienne. Il est maintenant temps d'aborder la lexicographie proprement canadienne. Les ouvrages lexicographiques seront traités en trois sections distinctes :

  • les dictionnaires de l'anglais au Canada;
  • les dictionnaires du français au Canada;
  • les dictionnaires bilingues (français-anglais).

Dans chacune de ces sections, des liens donnent accès à un résumé sur les ouvrages répertoriés et leur auteur. Pour poursuivre, il faut cliquer sur le menu suivant :